Aller au contenu

chazon · III / III · Vision

Chazon

Relier des idéologies contraires

Notre défi global est peut-être de créer un système qui unit liberté individuelle et bien-être collectif : un modèle équilibré pour la croissance personnelle et la responsabilité partagée.

↓ Découvrir la vision

Anhören (gelesen von Mira)

0:00 / –:––

La quête

La quête de l'équilibre

Entre liberté et communauté

C'est peut-être la véritable tâche de notre époque : bâtir un système où la liberté individuelle et le bien de tous ne s'opposent plus. Non pas une utopie lointaine, plutôt un artisanat qui porte, d'un même souffle, la croissance personnelle et la responsabilité commune.

La vieille querelle repose sur une alternative : l'un ou l'autre. La vision commence par une autre phrase : La réussite individuelle sert la communauté. Là où les personnes et les entreprises coopèrent au lieu de s'évincer, le jeu à somme nulle prend fin. Voilà le cœur d'un système qui ne divise pas, mais qui porte.

Deux pôles

Par-delà les vieux camps

Deux faces, un principe

Le capitalisme et le communisme portent chacun des idées précieuses, mais leurs orientations unilatérales (concurrence contre égalité) mènent à des déséquilibres. Un système nouveau peut intégrer les forces des deux pour rendre possibles la justice sociale, une croissance durable et le bien-être individuel.

Le pôle individuel

Individualité · Liberté · Innovation

Force

Stimule l'innovation et la prospérité. Récompense la créativité, l'esprit d'entreprise et la liberté personnelle. Propriété privée et recherche du profit comme moteur : la richesse par la concurrence.

Ombre

Quand la maximisation du profit devient l'unique mesure, le fossé social se creuse. Les grands groupes évincent les petites entreprises et accumulent le pouvoir de marché. La concurrence permanente engendre une pression émotionnelle : burnout, dépression, emplois précaires.

Le pôle collectif

Communauté · Équité · Solidarité

Force

Renforce la justice sociale. Les besoins fondamentaux sont pris en charge : santé, éducation, logement, alimentation. Solidarité et sentiment d'appartenance comme fondement.

Ombre

Quand le collectif est placé au-dessus de l'individu, la liberté personnelle, les incitations à innover et l'épanouissement créatif se réduisent. La planification centralisée mène souvent à l'inefficacité, aux pénuries et à l'aliénation émotionnelle.

Deux roues faites de petites figures tournent en sens inverse (l'une orange, l'autre sarcelle), tenues ensemble en leur centre par une figure-axe paisible ; derrière elles, un horizon d'aube, et en bas à droite se tient Chai.
Planche · Chazon Deux systèmes tournant en sens inverse, tenus par le centre. La vision commence là où aucun des pôles n'évince l'autre.

La voie

L'équilibre des contraires

Le meilleur des deux mondes

1928, un laboratoire en désordre, une moisissure sur une boîte oubliée. Alexander Fleming aurait pu la jeter. Il a regardé de plus près, et autour de la moisissure la mort des bactéries formait un anneau net et clair. Ainsi commence presque tout sauvetage : par quelqu'un qui ne jette pas ce qui semble insignifiant.

Mais la découverte seule n'a sauvé personne. Ce n'est que lorsque Britanniques et Américains ont mis leurs savoirs en commun que l'anneau sur la boîte est devenu un médicament pour des millions de gens. Si l'un d'eux l'avait gardé pour lui, cela serait resté une note de bas de page. Le progrès naît quand le savoir se partage, non quand il se vend : quand l'entreprise sert le bien commun, quand chacune et chacun dispose d'une sécurité de base et qu'il reste malgré tout de la place pour son œuvre propre. La sécurité sans l'immobilité. La liberté sans l'éviction.

Deux mains tiennent une boîte de Petri ronde vers la lumière ; sur un bord pousse une moisissure bleu sarcelle, entourée d'un anneau net et clair où les points sombres des bactéries ont disparu.
Planche · Chazon Autour de la moisissure oubliée, un anneau net. Le progrès commence là où quelqu'un ne jette pas ce qui semble insignifiant et partage le savoir.

Le chemin

Cinq pas vers le changement

De la prise de conscience à la transformation

Pas à pas, guidés par des valeurs claires, non comme un renversement, mais comme un ajustement ciblé qui peut, à long terme, profiter à tous.

  1. Conscience et éducation

    Renforcer la conscience des avantages d'un système équilibré. Des programmes éducatifs à l'école et à l'université qui abordent les questions économiques et sociales de façon globale et cultivent une pensée équilibrée et harmonieuse.

  2. Réformes sociales

    Réformer le système social pour que tous les citoyen·nes bénéficient d'une couverture de base. Démocratiser le marché du travail. Un revenu de base universel comme filet de sécurité, accompagné de coopératives de travailleurs dotées d'une vraie voix au chapitre.

  3. Projets communautaires & données ouvertes

    Les initiatives de recherche à vocation communautaire et les entreprises coopératives bénéficient d'avantages fiscaux. Des projets mondiaux en médecine et en technologie, comme le Human Genome Project ou le développement des vaccins contre la COVID-19, comme modèles.

  4. Budget mondial des ressources

    Une mesure clairement définie de CO₂, d'eau, de consommation des sols par entreprise. Qui travaille en ménageant les ressources reçoit des aides. Qui surexploite paie des redevances compensatoires. Des systèmes numériques rendent la consommation transparente. Les citoyen·nes peuvent voir avec quelle durabilité une entreprise agit.

  5. L'indicateur du bien commun

    En plus du PIB, un indicateur du bien commun mesure la contribution à la conscience écologique, à la justice sociale, aux conditions de travail et à un comportement éthique. Les entreprises bien notées sur le bien commun reçoivent plus de soutien.

La mécanique

À quoi se mesure cette proposition

Deux leviers et un texte juridique

Une vision à laquelle personne ne peut s'opposer n'a jamais convaincu personne. Elle sonne bien et reste sans effet, parce qu'il n'y a rien sur quoi elle pourrait échouer. Voici donc ce qui est vérifiable : deux leviers, avec des seuils et des responsabilités, et un texte juridique dans sa lettre. Le chemin qui précède donne la direction. Ce chapitre nomme les vis de réglage.

Le budget des ressources

Une mesure fixe de CO₂, d'eau et de sols pour chaque entreprise

  • Qui reste dans le budget et innove sur le plan écologique obtient l'accès aux aides. Qui surexploite perd des droits ou paie des redevances compensatoires. La seconde phrase est celle qu'une proposition laisse de côté quand elle ne veut faire de mal à personne.
  • La mesure est numérique, continue et infalsifiable. Sans mesure, un budget n'est qu'une déclaration d'intention, et les déclarations d'intention ne coûtent rien. Les données ne restent donc pas entre les mains de celui qui les déclare.
  • Chacune et chacun peut les consulter : la clientèle, le voisinage, la concurrence, la presse. Le contrôle ne tient donc plus à une seule administration. Dans ce calcul, la terre n'est plus une réserve infinie, mais un espace de vie limité, avec un bilan.

Conseils citoyens et cogestion

Qui décide, quand le sommet ne décide plus seul

  • Des conseils régionaux d'avenir rendent des avis aux parlements. Ils siègent là où arrivent les conséquences d'une décision, et leurs recommandations entrent dans la procédure, non dans une annexe.
  • Pour la politique climatique siègent des conseils de citoyen·nes tirés au sort. Pas les plus bruyants, pas les mieux introduits, mais un échantillon représentatif qui reçoit du temps, de l'expertise et un mandat. Selon le même principe, des projets de recherche peuvent être conçus en commun.
  • Dans les entreprises, le personnel participe à l'élection de la direction. Dans les coopératives, chaque voix compte autant qu'une autre, quelle que soit la part de capital. Les gens ne sont alors plus seulement ceux qui consomment, mais ceux qui façonnent.

Étude de cas · Constitution

À partir d'ici, cela devient concret, et inconfortable. L'exemple est la Constitution des États-Unis, non parce qu'elle serait au-dessus d'autres ordres juridiques, mais parce que sa lettre est lue dans le monde entier et que chaque modification qui lui est apportée est publiquement vérifiable. Elle figure ici comme étude de cas, non comme modèle. Ce qu'elle donne à voir vaut pour toute constitution : elle contient le mode d'emploi de sa propre modification.

Le Congrès peut – lorsque les deux tiers des deux Chambres l'estiment nécessaire – proposer des amendements à la présente Constitution …

Article V, Constitution des États-Unis

Le Cinquième amendement

Il protège la propriété privée. Nul ne peut être exproprié sans procédure régulière, et si l'État prend pour des fins publiques, il doit une juste indemnité. D'une obligation du propriétaire, il n'y est rien dit.

Nul ne pourra être privé de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure judiciaire régulière ; nulle propriété privée ne pourra être prise pour un usage public sans une juste indemnité. Toutefois, les droits de propriété emportent la responsabilité d'en organiser l'usage de manière à ne nuire ni au bien public ni aux générations futures – en particulier au regard de la préservation de l'environnement.
La propriété oblige. Son usage doit contribuer en même temps au bien de la collectivité.

Article 14, paragraphe 2, Loi fondamentale allemande

Ce que la proposition veut encore obtenir pour les États-Unis a rang constitutionnel en Allemagne depuis 1949. À cet endroit, l'utopie n'est pas une utopie, mais un précédent avec lequel une société vit depuis plus de soixante-dix ans.

L'original allait plus loin et voulait placer aussi la liberté d'expression sous réserve écologique. Ce passage n'est pas repris ici. Un droit qui ne vaut qu'aussi longtemps que son exercice ne nuit à personne n'est plus un droit, mais une autorisation. Le reste est assez concret pour pouvoir être faux, et c'est précisément là sa force : qui veut objecter trouve juste en dessous le chapitre pour cela.

L'appel

Toucher aussi ceux qui en profitent le plus aujourd'hui

Par le dialogue, non par le combat

La tâche la plus difficile n'est pas de gagner les convaincus, mais d'atteindre ceux qui vivent bien dans l'ancien monde. Non par le combat, mais par la rencontre. On n'a pas à partir de zéro : la paix, la sécurité, la stabilité, presque tout le monde les désire, y compris ceux qui profitent aujourd'hui.

Alors montre que c'est possible. Linux et Wikipedia, portés par de nombreuses mains. Mondragon, où le personnel est propriétaire. Des citoyens qui produisent leur propre électricité. Le changement par petits pas supportables, volontaires d'abord, pour que personne ne se sente débordé. Cela ne réussit que si chaque voix trouve sa place et se fait entendre. Un système qui unit les forces des deux pôles finit par ouvrir non seulement des lois, mais des cœurs.

Deux personnes sont assises face à face à une petite table ronde ; l'une tend une main ouverte par-dessus la table, et entre elles une petite pousse grandit dans un pot.
Planche · Chazon Non pas dans le combat, mais dans la rencontre. Entre deux camps, quelque chose grandit quand une main reste ouverte la première.

L'objection

Ce que tu penses maintenant

Six objections, et ce qu'on peut y répondre

Qui a lu jusqu'ici a objecté en chemin. Ce n'est pas un bruit parasite, c'est l'épreuve dont le texte a besoin. Les objections sont donc ici telles qu'elles sonnent vraiment, et non dans la version apprivoisée à laquelle il est plus facile de répondre.

  1. Tout va bien. Pourquoi changer quoi que ce soit ?

    La phrase est vraie, et c'est précisément là qu'est la difficulté. Pour beaucoup, les choses vont effectivement bien, et personne n'a à s'en excuser. Mais elle est dite de l'intérieur, depuis une vie où les comptes tombent juste. Quelques rues plus loin, les mêmes comptes ne tombent pas juste, et la terre présente la sienne plus tard. Il ne s'agit pas de renverser ce qui fonctionne. Il s'agit de ceci : un système qui ne porte qu'une partie finira par ne plus porter cette partie non plus.

  2. Si tout le monde reçoit la même chose, il n'y a plus de motivation.

    Il y a ici une confusion : la sécurité de base est un plancher, pas un plafond. Personne ne propose que tous reçoivent la même chose. Ce qui est proposé, c'est que personne ne tombe en dessous. Ce qui pousse au-dessus peut continuer de pousser, et l'effort peut continuer de payer. Qui a déjà travaillé sous la peur réelle de ne pas s'en sortir connaît la suite : la peur est un mauvais moteur. Elle resserre au lieu de rendre inventif.

  3. Mais la concurrence fait avancer !

    Oui. L'objection n'est pas un contre-argument, c'est un demi-argument. La concurrence pousse, personne ne le conteste. Seulement, les plus grands bonds viennent étonnamment souvent du contraire : le génome humain a été déchiffré par des chercheurs de plusieurs continents ensemble. Le logiciel sur lequel tourne une grande part d'internet n'a jamais été vendu par personne. Et la pénicilline n'est devenue un médicament que lorsque deux pays ont mis en commun ce qu'ils savaient. La question n'est pas de savoir si l'on rivalise. Elle est : pour quoi.

  4. Cela pèserait inutilement sur l'économie et ferait grimper les impôts.

    Les coûts sont déjà là, ils figurent seulement sur une autre facture. Des gens épuisés, des sols appauvris, des dégâts que quelqu'un règle plus tard, le plus souvent la collectivité et le plus souvent plus cher. Un indice de bien commun n'exige aucune administration nouvelle, il rend visible ce qui advient de toute façon. Et les incitations coûtent moins cher que les réparations : il n'a jamais été moins cher de réparer un dommage que de l'empêcher.

  5. Le changement est risqué et pourrait affaiblir notre position.

    C'est vrai. Ne rien faire l'est aussi, cela se remarque seulement moins. Le statu quo n'est pas un port sûr mais un risque à échéance différée, et la facture va à des gens qui n'ont pas encore voix au chapitre. C'est pourquoi cinq étapes figurent plus haut, et non un demi-tour : assez petites pour être reprises, assez grandes pour que leur effet se voie.

  6. Ce ne sont que des rêveries idéalistes. Dans la réalité, cela ne marche pas.

    Cela marche déjà, discrètement. Mondragon, au Pays basque, appartient depuis plus de soixante ans aux gens qui y travaillent, et fait vivre des dizaines de milliers de personnes. Wikipédia a survécu à toute une branche sans jamais rien avoir vendu. Des citoyens qui produisent leur propre électricité ne sont plus une expérience pilote. Ce n'est pas une vision, c'est un état de fonctionnement, simplement peu connu. La rêverie serait de croire que l'existant restera de lui-même tel qu'il est.